Macho et Nenoeil


Pâlichon


"- J'en ai raz l'écaille! Ca fait des lunes que je suis ici et je dois toujours me plier au bon vouloir de Taenio!
Taenio me chasse sans arrêt.
Taenio m'isole dans un coin et Taenio se réserve les femelles.

- Regardez-moi Pâlichon, ce minus. Vous le trouvez beau, vous? Ben pas moi. Il a tellement la trouille de moi qu'il en pert ses couleurs. Il essaie de passer inaperçu, il en devient presque transparent. Il prend des couleurs de femelles. Voilà !!! Une femelle !!! Pâlichon est devenu une femelle !!!

- Macho !!!

- C'est toi Blanchette qui me traite de macho?
- Eh oui, c'est moi. Et j'assume. Regarde toi: toujours à parader, à faire le beau, à agresser Pâlichon et à poursuivre les femelles. Moi, j'appelle ça être macho! Et depuis les milliers d'années que notre espèce évolue, les mâles n'ont pas changé. Ils auraient pu se civiliser, devenir prévenants, nous offrir des petits présents, nous faire la cour, nous réciter des poèmes...
- Non, mais je rêve !!! T'as fumé des algues ou quoi? Voilà maintenant que les femelles se mettent à réfléchir au lieu de pondre et d'incuber !!! Eh, les gars, vous entendez?
Des écailles arrivent des quatre coins du petit-monde. Manifestement, deux camps s'opposent.
- Vous entendez les gars? C'est le monde à l'envers. Les femelles ne se satisfont plus de nous, il leur faut en plus du rêve!
Cerise : - Oui, elle a raison Blanchette. On en a marre de pondre et de surveiller la progéniture. Vous êtes toujours derrière nous à nous faire la cour. D'ailleurs, moi je n'appelle pas ça faire la cour. C'est juste bon pour montrer vos belles écailles. On s'épuise à faire notre travail de mère, et quand c'est fini, il faut recommencer. Regardez celles qui incubent. Vous ne leur laissez pas le temps de récupérer après une lune de jeûne.
- Oui !!! (c'est Citronelle qui prend la parole) C'est épuisant d'incuber et de voir les autres se goinfrer. D'ailleurs, moi je demande au moins six lunes de répit avant une autre ponte. Vous êtes d'accord les filles ?
- Oui, oui, oui !!!
Les mâles ne sont pas d'accord. Le boycot des pontes n'est pas de leur goût.



- Vous oubliez une chose, les filles: comment va être assurée la descendance?
- Parlons-en de la descendance. Dans ce petit-monde les petits n'ont aucune chance d'arriver à lâge adulte. Soit ils se font dévorer par Hans l'Eclair avant même de savoir qu'il sont des écailles, soit vous vous précipitez dessus dès qu'ils sortent de notre bouche. Y a que quelques débrouillards comme Titi qui s'en sortent. Et puis de toute façon, Arthur ne fait rien pour conserver les alevins. Donc, que ça vous plaise ou non, à partir d'aujourd'hui, ce sera six lunes de répit avant une autre ponte. Venez, les filles, on n'a plus rien à voir avec ces machos.

Taenio


Blanchette


La décision des femelles de faire la grève des pontes énerva particulièrement Taenio. Il se précipita sur Pâlichon pour se défouler. D'un écart de nageoire habituée, celui-ci esquiva l'attaque et se réfugia derrière une anubia. Il ruminait son infortune, sans se douter que quelques jours plus tard le destin allait changer.

Cet été là, la chaleur fut particulièrement accablante. Arthur n'en pouvait plus d'une moiteur qui l'entraînait au bord du malaise.
"Ils ont bien de la chance mes cichlidés à barbotter dans un eau à bonne température. Si je pouvais en faire autant."
Mais derrière la vitre du petit monde, les choses n'allaient pas mieux. La température avait monté et l'orage qui ne se décidait pas à éclater incommodait également les écailles. Soudain, Taenio eut l'impression que quelque chose n'allait pas.
"- Qu'est-ce qui m'arrive d'un coup ? Je n'y vois plus que d'un oeil. Quelle tuile !! Qu'est-ce qui s'est passé ? J'espère que ça ne va pas durer. Je commence à pâlir d'angoisse. Pourvu que l'autre oeil ne devienne pas pareil. Ca serait la fin. Ce n'est pas pratique du tout. Je suis obligé de tourner la tête pour voir de l'autre côté. Tiens, voilà Pâlichon. Faut surtout pas qu'il se rende compte de mon état. Je vais rester de profil.
- Qu'est-ce qu'il lui arrive à mon frère? Il a l'air tout bizarre d'un coup, ce n'est pas normal. Voyons de plus près... Eh là, toujours aussi agressif le frangin. Courage, fuyons !!! Mais, mais, mais ... qu'est-ce que je vois? Il a perdu un oeil !!!!! Non, son oeil est devenu tout blanc. C'est pour ça qu'il avait l'air bizarre depuis un moment. Oh, mais ça va faire mon affaire ça. Je vais l'attaquer du côté où il ne s'y attend pas. Vlan ! dans les arêtes ! Ah, ça t'as surpris ? Prends ça encore !
- Il fallait s'y attendre, Pâlichon en profite. Mais je ne vais pas me laisser faire. La meilleure défense, c'est l'attaque. " VIDEO .
La bagarre qui suivit dura un bon moment. Pâlichon et celui qu'il appelait maintenant Taenio se faisaient face. Les intimidations prenaient l'allure d'une danse: quelques coups de nageoire en avant, quelques coups de nageoire en arrière. La gueule grande ouverte, chacun essayait de mordre son adversaire. Soudain, la prise du gueule fut brève et terrible. VIDEO . Une fraction de seconde suffit à Taenio pour arracher un coin de lèvre à son frère. Les deux écailles continuèrent la lutte un moment. Malgré sa blessure Pâlichon ne fléchit pas. Il réussit à surprendre son frère du côté où il n'y voyait plus et le poursuivit dans le petit-monde. Les rôles étaient brusquement inversés. Taenio se cacha dans le feuillage d'un Echinodorus
le reste la journée. Pâlichon jouissait de sa victoire. Sa robe terne qui avait justifié son nom jusqu'à présent prit brusquement des couleurs. C'était maintenant lui le chef , il comptait bien le faire savoir.



Pâlichon a gagné des couleurs
mais perdu un coin de lèvre



 


Neunoeil

Dans les lunes qui suivirent l'état de santé de Taenio, rebaptisé Neunoeil devint inquiétant. Il restait caché dans le décor presque toute la journée, ne sortant que pour manger. Il gardait tout de même sa robe rouge, montrant par là qu'il n'avait pas baissé les nageoires définitivement. La nature lui donna raison puisque sa vue revint progressivement. L'opacité disparut en quelques jours de façon aussi mystérieuse qu'elle était apparue. Neunoeil se ragaillardit. Il prit de nouveau de l'assurance et à la surprise de Pâlichon, il n'hésitait plus à présent à affronter son frère. En quelques jours le petit-monde perdit sa tranquilité. Mais chose curieuse, les affrontements se résumaient à des attaques d'intimidation. Les adversaires se savaient forts tous les deux et se refusaient à un conflit ouvert. De façon tacite ils s'étaient partagés le petit-monde en deux territoires équivalents. Chacun circulait fièrement et ne dépassait jamais la frontière invisible. Lorsque l'un d'eux s'en approchait de trop près, l'autre surgissait brusquement pour lui en interdire le franchissement. Et les face à face reprenaient alors en une danse d'intimidation.



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